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Le luxe vu par...

Nathalie REMY
Présidente Directrice Générale – Christofle

Le Luxe, c’est la satisfaction d’un désir

Nathalie Wouters-Remy est Présidente Directrice Générale de Christofle depuis mars 2018. Diplômée de la Solvay Business School de Bruxelles et forte de 20 ans d’expérience en conseil stratégique, dont plus de 18 ans chez McKinsey & Co, où elle a cofondé et dirigé le pôle "Mode et Luxe", elle donne un nouveau cap à sa carrière en rejoignant la Maison Christofle.

Fondée en 1830, Christofle est une Marque française de prestige, spécialisée dans la haute orfèvrerie, l'art de vivre et les arts de la table. Dès sa création, elle s'est orientée dans le luxe, le très haut de gamme et l'élégance. Depuis, elle ne cesse d’innover et d’insuffler à chaque collection de nouveaux styles, en inspirant les arts décoratifs avec les plus grands designers et en proposant de nouveaux procédés chimiques pour ses produits d’exception.

Les créations signées de cette maison d'orfèvrerie mettent en évidence des techniques et savoir-faire ancestraux stylistiques et très raffinés. L'orfèvrerie et les arts décoratifs de Christofle sont ainsi reconnaissables de tous, notamment grâce à des designers et créateurs de renom. Les ateliers Christofle de Yainville fabriquent orfèvrerie et couverts en métal argenté ou en argent massif. Ils sont labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV).

Depuis 2018, Bureau d’Image a noué un partenariat avec Christofle pour mener des formations haut-de-gamme et sur-mesure autour des Arts de la table.


Bureau d’Image : Comment définiriez-vous le luxe ?
Nathalie Remy : Le luxe, c’est ce qui crée et suscite le désir. Le temps et l’espace sont certes des composantes importantes mais ce qui caractérise le plus le luxe, c’est la satisfaction d’un désir, d’une envie, d’un rêve. Pour satisfaire ce désir, des gens sont prêts à attendre, à s’investir, à payer une prime.

BI : Le luxe à la française existe-t-il et quelles seraient ses caractéristiques ?
NR : Chaque pays possède et entretient ses traditions. Le luxe en France est réputé au niveau mondial car elle a développé des savoir-faire qui répondent justement à la notion de plaisir et de désir : le savoir-faire culinaire, le savoir-faire de service, le savoir-faire de l’orfèvrerie… Christofle est le plus grand orfèvre du monde et sauvegarde ce savoir-faire français dans l’ensemble de sa manufacture avec notamment deux "Meilleurs Ouvriers de France" dans les disciplines du planage et de la ciselure, et un designer/architecte Chevalier des Arts et des Lettres. Ce savoir-faire humain irremplaçable est perpétué par des artisans hautement qualifiés et constitue le patrimoine vivant de Christofle.

BI : Quelles ont été les grandes évolutions dans le luxe au cours des dernières décennies ?
NR : J’en retiens particulièrement deux : 1. La globalisation avec des marques qui ont étendu leur empreinte sur l’échiquier mondial et ne sont ainsi plus seulement des champions locaux ; 2. L’accélération du rythme de consommation. Historiquement, le luxe entretient un cycle long de travail et de création. Mais la pression du rythme et la mode du fast fashion ont entraîné de nombreuses entreprises dans une course effrénée et dans un luxe à haute fréquence. Néanmoins, depuis 5 à 8 ans, beaucoup de maisons de luxe ont fait machine arrière. Chez Christofle, nous créons et proposons des produits de luxe dont la durée de vie dépassera les 40 ou 50 ans. La qualité et l’excellence requièrent un temps plus long pour le développement, la création puis la production.

BI : Comment les entreprises du luxe se comportent-elles ?
NR : Elles tendent à se démarquer justement sur l’équilibre des rythmes que je viens d’évoquer. Concernant la communication des marques en revanche, le rythme de leurs prises de parole s’accélère et fait appel à beaucoup de créativité et d’innovation pour raconter des histoires.

BI : Comment définiriez-vous les arts de la table ?
NR : Nous aidons à sublimer les moments, petits comme grands, autour de la table, d’un, verre, d’un cadeau… C’est probablement au cours des repas que l’on partage le plus de moments conviviaux, notion très importante dans notre monde d’aujourd’hui. Les arts de la table englobent tout ce qui fait référence à la cuisine, c'est-à-dire la décoration de la table, la gastronomie, l'œnologie, la cristallerie, les pratiques sociales, la verrerie... Pratiqués de façon professionnelle ou en amateur, ils rendent le repas le plus agréable possible.
Le cœur de métier historique de Christofle, c’est le repas, avec les couverts : c’est l’art de la table. Nous avons l’ambition de rendre ce moment plus beau et convivial dans les rituels, qu’il se déroule dans la salle à manger, la cuisine ou au jardin.

BI : Quel leader êtes-vous ? Quels principes guident votre vie professionnelle ?
NR : Je crois avec une grande conviction dans le succès et en particulier dans le succès de chacune des personnes qui m’entourent. Les valeurs du leadership sont avant tout celles de l’optimisme, de la transparence et de la confiance. Depuis 2 ans, je m’attache à incarner l’image et les valeurs de Christofle avec une vision résolument tournée vers l’avenir. Pour emmener l’ensemble de nos équipes sur ce chemin, il est nécessaire de créer une ambiance de transparence, de bienveillance, de respect et de partage autour de l’image et des valeurs de Christofle.

BI : Quelles exigences la direction d’un établissement de luxe requiert-elle ?
NR : Je m’impose une exigence d’excellence, à l’image de l’excellence que requiert notre activité, que ce soit pour le design de nos œuvres, l’expérience client, la qualité de nos matériaux. Diriger une maison si renommée et respectée requiert beaucoup de transversalité et une vision à 360°.

BI : Quelle qualité première exigez-vous de vos équipes ?
NR : Trois qualités sont essentielles à mes yeux : la responsabilité, l’entreprenariat, la fibre humaine. Ce qui fait le succès d’une organisation, ce sont les talents mais aussi la bonne conjugaison de ces talents, l’attention que les uns portent aux autres, l’entraide, l’empathie, l’esprit de construction en équipe.

BI : Quelle faute vous inspire le plus d'indulgence ?
NR : L’excès d’optimisme ! J’ai énormément d’indulgence pour ceux qui essaient de réaliser leurs rêves et n’ont pas peur de prendre des risques.

BI : En quoi est-il essentiel de former vos équipes à l’excellence du service client ?
NR : L’être humain, par essence, est fait pour progresser toute sa vie. Il est donc essentiel, encore plus dans nos activités haut-de-gamme, de se former régulièrement. Pour nourrir la plus belle des expériences client, le service est un acte crucial : avant, pendant et après la vente. Chez Christofle, le client est situé au cœur de l’entreprise. Chacune de nos décisions est guidée par la nécessité d’apporter un service exceptionnel, clé de la fidélisation à long terme. Nous harmonisons ainsi nos modules de formation pour imprimer notre style dans l’excellence, propre à notre identité de marque afin que tous nos collaborateurs incarnent l’esprit Christofle.
 
BI : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes professionnels ?
NR : Entreprenez et prenez des risques ! Mais faites-le avec 2 horizons : le long et le moyen termes, car il n’y a pas de ligne droite. Il faut donc aller de l’avant sans oublier les bouées qui jalonnent le parcours, permettent et favorisent même parfois, un changement de cap.

BI : Même en qualité de CEO, continue-t-on d'en apprendre chaque jour un peu plus sur le luxe, ses codes et ses multiples façons de l'incarner ?
NR : Le monde dans son ensemble continue d’évoluer et celui du luxe peut-être même plus rapidement que le reste. Il est crucial de rester à l’écoute des changements, de s’immerger dans les nouvelles tendances, de conserver des temps de lectures pour découvrir de nouveaux concepts. Ce temps de respiration est essentiel pour absorber les tendances et développer un imaginaire créatif.

BI : Que préconisez-vous pour les hommes : barbe soignée ou rasage de près ?
NR : Tant que la barbe est bien portée et soignée, le style ou le look ne m’importe pas.

BI : Pour les femmes : pour ou contre le vernis rouge ?
NR : Je le trouve très beau chez les autres et n’impose aucun interdit à ce sujet. Il doit en revanche être impeccable car je prônerai toujours l’absence de vernis s’il n’est pas impeccable.

BI : Pour ou contre les tatouages ?
NR : Nos vendeurs incarnent une Marque riche de 190 ans d’histoire et d’un style à la fois contemporain et intemporel. Pour les tatouages, je les accepte s’ils ne sont pas trop visibles.

BI : Si le luxe était une couleur, quelle serait-elle ?
NR : Vert, nouvelle couleur identité de Christofle. Elégante, vive et sobre à la fois, elle convient aussi bien aux hommes qu’aux femmes et, de plus, elle met parfaitement l’argent en valeur.

BI : Un animal ?
NR : Le chien parce que Christofle lance "Royal Jack", une nouvelle collection d’accessoires dédiés à nos animaux de compagnie.

BI : Un adjectif ?
NR : Rare. L’abondance ne suscite pas le désir.

BI : Une émotion ?
NR : La plénitude 

BI : Un objet ? / Une œuvre d’art ?
NR :
Le voilier Christofle ou une robe de haute-cuture.

BI : Une devise ?
NR : Celle de Charles Christofle : "une seule qualité, la meilleure".

BI : Une vertu ?
NR : La générosité et le partage, qui favorisent la sauvegarde et la pérennité des savoir-faire.

BI : Un personnage historique ?
NR : Charles Christofle, visionnaire et humaniste, curieux et voyageur, qui a fondé une grande Maison presque bicentenaire, aujourd’hui présente dans 67 pays. Très tôt, il avait mis en place un système de santé pour tous ses salariés tout en mettant un logement à leur disposition.