Le luxe, c’est la capacité à emmener le client dans un voyage émotionnel qui va bien au-delà de la raison première de sa venue.
Chief Creative Officer chez Paris Society, Antoine Menard développe une vision créative guidée par l’émotion, le sens du détail et l’expérience du public. Passionné par les lieux qui racontent une histoire, il imagine des univers où se croisent architecture, design, gastronomie et culture. Son approche privilégie l’authenticité et la narration, avec la volonté de créer des destinations vivantes, pensées pour marquer les esprits autant que susciter des émotions et créer des souvenirs.
Bureau d'Image : Comment définiriez-vous le luxe ?
Antoine Ménard : Le luxe, c’est la capacité à emmener le client dans un voyage émotionnel qui va bien au-delà de la raison première de sa venue. Que ce soit dans un hôtel ou un restaurant, il ne s’agit pas simplement d’hébergement ou de restauration, mais de créer une expérience immersive à 360°. Le luxe repose sur l’exigence du détail, de l’esthétique et de la beauté. La beauté permet le lâcher-prise, et pour l’atteindre, chaque détail du parcours client doit être pensé avec précision, sans accident. Le luxe est donc la capacité à créer des émotions et des souvenirs durables. Le prix n’en est qu’une conséquence, jamais une définition.
BI : Le luxe à la française existe-t-il et quelles sont ses caractéristiques ?
AM : Oui, le luxe à la française existe clairement. Il repose sur une histoire riche, un patrimoine, des archives, un artisanat ancien et un savoir-faire transmis dans le temps. C’est ce qui
permet de raconter des histoires authentiques, nourries par les arts de la table, les tissus, le design et l’artisanat d’art. Le luxe à la française s’exprime aussi à travers l’art de vivre, l’art de recevoir, la table, la fête et l’hospitalité. Il y a une dimension impalpable, faite de goût, de classicisme, de souci du détail et d’élégance, parfois teintée d’un certain snobisme parisien, à la fois critiqué et admiré à l’international. Même lorsque les concepts s’inspirent d’autres cultures, ils sont toujours traités avec un regard français : exigence esthétique, intemporalité et cohérence dans chaque détail.
BI : Quelles ont été les grandes évolutions dans l’hôtellerie et la restauration
de luxe ?
AM : En hôtellerie de luxe, l’évolution majeure est l’élargissement de la clientèle. Autrefois réservée à une élite plus âgée, elle s’adresse aujourd’hui à des clients plus jeunes, souvent
en famille. Le luxe n’attend plus la retraite : il se vit plus tôt et se partage. Les hôtels doivent désormais être capables d’accueillir toutes les générations, y compris les enfants, sans
compromis sur l’expérience. En restauration, l’évolution a été l’émergence d’une approche plus lifestyle : intégration du design, du storytelling et de l’entertainment. À cela s’ajoute une signature française forte : un classicisme assumé dans les arts de la table, l’usage de belles matières, l’argenterie, et une recherche d’intemporalité plutôt que de tendance.
BI : Quel leader êtes-vous ?
AM : Je suis un leader exigeant et, je l’espère, inspirant. Exigeant envers moi-même comme envers mes équipes. Rien n’est laissé au hasard : chaque détail doit être cohérent avec
l’histoire racontée. J’essaie d’être exemplaire, de transmettre le goût de l’effort, du travail et du dépassement de soi. L’objectif est de créer des projets dont les équipes peuvent être fières, en allant toujours plus loin dans la qualité et la cohérence.
BI : Quelle est la qualité première que vous exigez de vos équipes ?
AM : La fidélité, l’exigence et l’excellence. Je cherche à m’entourer de « numéros un » : des personnes qui réfléchissent un peu plus vite que la moyenne et qui travaillent un peu plus
que la moyenne. C’est cette combinaison qui permet d’aller vite, loin et bien. L’autonomie et la confiance sont essentielles, tout comme l’envie de construire et de s’inscrire dans une aventure entrepreneuriale ambitieuse.
BI : Comment recruter des profils d’excellence aujourd’hui ?
AM : En proposant des projets porteurs de sens, de beauté et d’exigence. Contrairement aux idées reçues, beaucoup de jeunes ont envie de travailler dur, de s’investir et de se dépasser lorsqu’ils trouvent un environnement qui leur permet de s’accomplir. Le rapport au travail a évolué, les parcours sont plus mobiles, mais l’engagement existe dès lors que le projet est fort, stimulant et valorisant.
BI : Quelle faute vous inspire le plus d’indulgence ?
AM : Je suis indulgent face aux erreurs commises avec beaucoup d’effort et de bonne volonté. En revanche, la faute de goût est celle pour laquelle je suis le moins indulgent.
BI : Pourquoi est-il essentiel de former les équipes à l’excellence du service ?
AM : Parce que l’excellence ne s’improvise pas et ne se maintient pas seule. La formation permet de transmettre le regard juste, le sens du détail, le bon niveau d’attention et d’exigence. Dans nos métiers, tout est à recommencer chaque jour. Les équipes changent, les habitudes reviennent vite : la formation doit donc être continue.
BI : Continuez-vous à apprendre aujourd’hui ?
AM : Je continue surtout à me nourrir de ce qui m’entoure : des voyages, des lieux, des rencontres, des expériences. C’est une forme d’apprentissage permanent.
BI : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes professionnels ?
AM : Travailler dans un secteur qui les passionne, travailler dur et beaucoup. Le mérite finit par payer lorsqu’on rencontre les bonnes personnes.
BI : Vernis rouge : pour ou contre ?
AM : Ce n’est pas une question de vernis rouge, mais de cohérence avec l’histoire et le contexte. Le style, le maquillage et les codes doivent toujours servir le récit et l’expérience que l’on souhaite proposer.
BI : Si l’hôtellerie de luxe était une couleur ?
AM: Noir. Profondeur, silence et exigence. Le noir ne vole jamais la lumière : il la révèle, la sculpte et lui donne toute sa puissance.
BI : Un animal ?
AM : Pur-sang arabe. Ligne, grâce, endurance et noblesse sans ostentation.
BI : Un adjectif ?
AM : Intemporel. Le vrai luxe traverse les époques sans jamais se démoder, en se réinventant avec justesse.
BI: Une émotion ?
AM : L’émerveillement. L’émerveillement discret des instants suspendus, quand chaque détail raconte une histoire et que le temps semble s’arrêter.
BI: Un objet / Une œuvre d’art ?
AM : Une table parfaitement dressée
BI : Une devise ?
AM : « La beauté nous sauve. » Parce que la beauté apaise, élève, rassemble et donne du sens. Créer des lieux beaux, justes et sincères est une manière de prendre soin des autres.
BI : Une vertu ?
AM : La retenue. Le vrai luxe ne s’impose jamais. Il suggère, il équilibre, il sait s’arrêter au bon moment. La retenue transforme l’abondance en élégance et l’excellence en évidence.
BI : Un personnage historique ?
AM : Marie-Laure de Noailles. Pour son extravagance éclairée, son sens inné de la réception comme œuvre d’art totale, et sa capacité à réunir les talents, les disciplines et les sensibilités autour de moments inoubliables.
